Trump et le nucléaire iranien, ou comment se tirer une balle dans le pied

Il l’a fait ! Promesse électorale ou dogme idéologique ? Le président Donald Trump a finalement mis sa menace à exécution en décidant hier de retirer unilatéralement les États-Unis de l’accord nucléaire conclu en 2015 entre l’Iran et les Occidentaux, et imposé par Barack Obama à l’État profond américain. Mr Trump affirme ne pas faire confiance aux Iraniens, or il a la mémoire courte : qui, sinon Washington, a permis à l’Iran d’étendre sa puissance régionale en bâtissant un arc, non pas chiite mais bien perse, entre Téhéran et la Méditerranée en passant par Bagdad et Damas ?

Trump Iran Evan Vucci:AP

© Evan Vucci (AP)

Un cadeau au Guide suprême

Tout a commencé quand le président Jimmy Carter a lâché le chah en 1979, justement en raison du programme nucléaire que les Occidentaux avaient pourtant encouragé, et a tracé ainsi une autoroute pour les mollahs ; puis son successeur, Ronald Reagan, avec l’Irangate, a vendu illégalement des armes à l’Iran pour financer les Contras nicaraguayens et, accessoirement, faire libérer ses otages au Liban ; ensuite, c’est Georges Bush senior qui a attaqué l’Irak, fragilisant ce verrou relativement laïc face aux ayatollahs iraniens, avant que son fils Georges W. ne chasse définitivement Saddam Hussein, sous prétexte d’armes de destruction massive imaginaires, pour mettre au pouvoir les chiites irakiens, alliés de Téhéran. Aujourd’hui l’actuel locataire de la Maison-Blanche, pareillement aligné sur le Likoud israélien, répète la même « fake fable »… livrant ainsi l’Iran aux ultra conservateurs iraniens, les adversaires du président Rohani, qui ont toujours été opposés au compromis nucléaire qui les marginalisait.

trump netanyahu Ronen Zvulun : REUTERS

© Ronen Zvulun (Reuters)

Outre Khamenei et ses Pasdarans, seuls Riyad et Tel Aviv, parce qu’ils l’ont poussée depuis des mois, se réjouissent de cette décision, qui aura d’abord des conséquences négatives sur les États-Unis eux-mêmes. Sur le plan diplomatique, on voit se dessiner une véritable fracture atlantique et le péril d’un affrontement avec les membres de l’Union européenne, unanimes à vouloir sauvegarder cet accord et l’avantage précaire des modérés à Téhéran. Hassan Rohani a d’ailleurs sereinement déclaré qu’il continuerait à en respecter les termes et à négocier la suite avec les autres signataires – autrement dit le Conseil de sécurité de l’ONU, moins l’Amérique, plus l’Allemagne – pour garantir ses intérêts.

L’isolement des États-Unis s’accentue plus que jamais par rapport au reste du monde, Chine et Russie comprise, et surtout au Moyen-Orient. Les compagnies américaines se voient désormais fermer un marché de 85 millions d’habitants ; quant aux entreprises européennes, elles risquent de se retirer du marché américain pour éviter de nouvelles sanctions et, plus largement, pour ne pas avoir à subir « l’impérialisme économique américain », qui étend son hyperpuissance juridique au-delà de son territoire. Autre piège, toujours dans le volet économique : voir l’Iran généraliser ses transactions à venir en euros ou en yuans plutôt qu’en dollars, ce qu’il a déjà commencé à faire mais qui reste ardu dans le monde financier actuel.

La crédibilité des États-Unis

Trump MBS REUTERS Jonathan Ernst

© Jonathan Ernst (Reuters)

Par ailleurs, c’est la parole même de l’État américain qui est en jeu. Comment pourra-t-il signer demain de nouveaux accords internationaux ? Quelle est la confiance que quiconque peut dorénavant placer en une signature qui peut être remise en cause du jour au lendemain par un nouveau président, essentiellement pour satisfaire son électorat ? Le précédent créé par M. Trump est lourd de répercussions lorsque la plus grande puissance mondiale renie ses propres engagements. À force de jouer avec le feu, on finit toujours par se brûler. Le danger le plus inquiétant est aujourd’hui que les autres puissances régionales – l’Arabie de MBS et l’Israël de Netanyahou – se saisissent de la première occasion venue pour entamer une escalade militaire, comme le montrent les frappes de la nuit dernière.

D’autant que l’Agence internationale de l’énergie atomique, indépendante des États, répète depuis deux ans que l’Iran respecte jusque là les termes de l’accord et qu’il n’y a pas lieu de le remettre en cause. Les menaces de président américain contre le nucléaire  nord-coréen ou l’expansion économique chinoise montrent qu’il recule devant les pays qui ont un réel pouvoir de nuisance ; ce qui laisserait croire, dans son attitude vis-à-vis de l’Iran, que ce dernier n’en a pas et donc qu’il n’est pas même proche de l’arme nucléaire. Peut-être faudrait-il rappeler à M. Trump que Téhéran est aujourd’hui incontournable aux Proche et Moyen-Orient ; que l’Empire perse, de retour sur la scène internationale, en Méditerranéenne et en mer d’Oman, pourrait bel et bien devenir ce que « le Donald » lui reproche : le « bad boy » de la région.

Comme dit le proverbe arabe : « Qui t’a fait fanfaron ? – Personne, j’ai fait le fanfaron et nul ne m’a retenu. » Sans doute le président américain devrait-il apprendre le jeu d’échecs, inventé par… les Indo-perses.

« C’est la femme qui va sauver le monde arabe » – El Watan, 30/01/18

El Watan logo   par M-F.Gaidi | le 30.01.18 | 15h13

AS Annaba

@El Watan.com

« C’est la femme qui va sauver le monde arabe » a tranché Antoine Sfeir, journaliste et analyste spécialiste du monde arabe, samedi dernier devant un public nombreux à la salle de conférences de l’hôtel Sabri d’Annaba.

L’invité a présenté une conférence intitulée : L’émergence d’un monde nouveau dans le monde arabe.

Lire la suite

Jérusalem : «Trump veut détourner l’attention» – Le Télégramme, 16/12/17

Le Telegramme

AS microQuelles peuvent être les conséquences de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël par les États-Unis ?
Cette reconnaissance peut se révéler contre-productive. Aujourd’hui, Jérusalem est de facto la capitale d’Israël. Le gouvernement israélien et la Knesset (le Parlement) y siègent. En officialisant Jérusalem comme capitale, Donald Trump tue l’idée même du double État. Lire la suite

Normandie pour la Paix – 23-24/03/17

L'Obs Caen paixJ’ai malheureusement dû annuler ma participation aux Journées du Forum Normandie pour la Paix à l’Abbaye aux Dames de Caen, les 23 et 24 mars prochains.

Université populaire de Lille, 20/11/16

up-lilleLE PROCHE-ORIENT DANS LA TOURMENTE 

La situation en Irak, en Syrie, en Palestine, en Israël et au Liban n’a pas cessé de se dégrader. L’attitude occidentale vis-à-vis des évènements du Proche-Orient est pour le moins ambiguë et semble de plus en plus dénuée Lire la suite

Yasser Arafat au cœur du conflit – Europe 1, 09/06/16

image

The Times

Jeudi 9 juin de 14 h à 15 h, j’étais au micro de Franck Ferrand pour son émission « Au cœur de l’histoire » sur Europe 1.

Ensemble, nous nous sommes plongés dans les arcanes du conflit israélo-palestinien, revenant sur le rôle joué par l’ancien président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat.

fleche

> Réécouter l’émission

Les chrétiens d’Orient au CUM – Nice, 03/11/14

Cum X OrientColloque du Centre universitaire méditerranéen de Nice, lundi 3 novembre 2014 :

« Les chrétiens d’Orient, hier, aujourd’hui, demain : situation et perspectives ».

Mgr Pascal Gollnisch, Pr Joseph Yacoub, Jean-François Colosimo, Antoine Sfeir, Marek Halter, Ghaleb Ben Cheikh, Frédéric Encel.

Le Pudding de Radio Nova, 19 septembre 2014

nova-logoNova puddingUn portrait, une rencontre mais surtout un beau moment de réflexion. Toujours aussi curieux, allumé, pédagogue, ironique et inspiré, ce rendez-vous dominical propose une conversation sans limites baigné dans un grand mix musical préparé par Jean Croc.
> Écouter l’émission

Dangeureusement Proche-Orient – C dans l’air, 29 juillet 2014

AS_Cdansl'airc-dans-l-airL’idée même d’une trêve semble bien lointaine lundi dans la bande de Gaza. Après de nouvelles frappes, qui ont fait quatre morts côté israélien et sept victimes côté palestinien, l’armée israélienne a demandé lundi soir à la population civile habitant les alentours de France 5l’agglomération de Gaza de se concentrer dans le centre-ville. Lire la suite

« Je suis un scribouillard vulgarisateur » – Corse Matin, 9 avril 2013

Corse Matin

Publié le mardi 09 avril 2013 à 14h40

(Propos recueillis par Hélène Romani)

Antoine Sfeir sur le Vieux-Port de Bastia avant sa conférence à l'IRA : «La France se prend pour le justicier du monde » - Louis Vignaroli

Antoine Sfeir sur le Vieux-Port de Bastia avant
sa conférence à l’IRA : « La France se prend
pour le justicier du monde » (Louis Vignaroli)

Le journaliste Antoine Sfeir, spécialiste du monde arabe, auteur de nombreux ouvrages, dont le plus récent est « L’islam contre l’islam », donnait hier à l’Ira une conférence sur ce thème dans le cadre d’Histoires en mai.

Il se fait plus rare sur les plateaux de télévision qui réclament régulièrement son expertise. Antoine Sfeir, journaliste, enseignant, politologue, spécialiste du monde arabe, s’est « échappé de Paris » pour arpenter la province. Il était hier à Bastia. Lire la suite

BFM Business, mercredi 23 janvier 2013

Invité du 20 h 30 de David Dauba.

Les cousins fâchés et leurs deux islam – Fait religieux, 22 janvier 2013

faitreligieux.com – Yves Marc Ajchenbaum | le 22.01.2013 à 14:41

Un « Vatican » sunnite contre un « Vatican » chiite, voilà où nous en sommes aujourd’hui, écrit Antoine Sfeir pour décrire le monde musulman et son  milliard deux cent millions de fidèles, partagés entre une majorité écrasante de sunnites (90%) et une minorité active de chiites (9%). Le constat est connu, mais une démarche pédagogique est parfois nécessaire pour bien faire comprendre à une opinion écrasée d’informations et de rumeurs les tenants et les aboutissants d’une situation qui n’est pas sans conséquence pour une humanité diverse et inquiète. Lire la suite

Élections en Israël : la boîte à surprises

Yaïr Lapid, chef du parti centriste Yesh Atid (Il y a un futur), arrive en deuxième position aux élections du 22 janvier.

Les résultats des élections législatives israéliennes laissent une fois de plus apparaître un émiettement de l’électorat. Au-delà du score décevant (31 députés sur 120) de Benyamin Netanyahou par rapport aux prévisions des sondages – malgré l’alliance du Likoud avec la formation nationaliste Israel Beitenou d’Avigdor Lieberman – au-delà de la surprise créée par le parti Yesh Atid (Il y a un futur, 19 sièges à la Knesset), du journaliste Yaïr Lapid – ce laïque centriste qui a ébranlé en un an l’échiquier politique israélien – l’éclatement de la scène politique appelle quelques réflexions.

En premier lieu, bien que ce scrutin ait été dominé par la situation économique et sociale du pays, Israël ne peut désormais éviter les questions régionales et internationales. Aujourd’hui entouré par des régimes de plus en plus islamistes Lire la suite